L’essentiel
- La transition de TGV Europe vers l’architecture Data Mesh répond à la réorganisation de la SNCF en trois sociétés anonymes autonomes.
- Cette infrastructure moderne repose sur un écosystème hybride unissant Azure et AWS, avec Databricks comme pivot de traitement.
- L’optimisation des coûts de l’intelligence artificielle par routage intelligent permet d’économiser jusqu’à 70 % sur les requêtes des modèles.
En ce mois de septembre 2026, la filiale TGV Europe achève le déploiement de son architecture Data Mesh pour optimiser la gouvernance de ses données de transport. À l’heure où le paysage ferroviaire européen se complexifie, la maîtrise des flux d’informations devient un atout hautement stratégique pour offrir un service aux voyageurs exigeants. En rompant avec la centralisation historique, l’opérateur redéfinit les standards de l’innovation technologique au service de la mobilité haut de gamme.
Une structure ferroviaire sous contrainte réglementaire
Une réorganisation imposée par le cadre réglementaire
La SNCF n’est plus une entité unique, mais s’organise désormais autour de trois sociétés anonymes distinctes: la holding SNCF, SNCF Voyageurs et SNCF Réseau. Cette séparation réglementaire, dictée par les instances européennes pour assurer un accès équitable aux infrastructures, impose une étanchéité absolue des flux d’informations. Au sein de ce nouvel écosystème, la filiale TGV Europe orchestre un éventail d’offres allant de Ouigo aux coopérations internationales comme Lyria et Eurostar. La gouvernance d’Eurostar, partagée avec la SNCB, illustre parfaitement la complexité d’exploiter des données dans un cadre transfrontalier. En opérant majoritairement sous le régime du service librement organisé, TGV Europe pilote directement sa stratégie commerciale et sa relation client, contrairement au modèle conventionné des transports régionaux.
Cette fragmentation institutionnelle rend le désilotage technique indispensable pour transformer la donnée brute en un véritable levier de performance. Pour Julien Iris, directeur des données de l’entité, l’enjeu consiste à libérer les informations de leurs carcans traditionnels afin de fluidifier l’expérience des voyageurs à travers le continent.
L’architecture Data Mesh et l’autonomie des métiers
L’architecture Data Mesh au cœur du nouveau modèle
Face aux lourdeurs des systèmes centralisés et pour accéder plus rapidement au marché de nouveaux services, TGV Europe a opéré un choix stratégique fort en se tournant vers le Data Mesh. Ce modèle d’architecture décentralisé redéfinit les responsabilités en distinguant le contenant du contenu. La Direction des Systèmes d’Information conserve la gestion des infrastructures technologiques, tandis que les directions opérationnelles assument la pleine propriété de leurs données. L’infrastructure s’appuie sur un environnement hybride associant Microsoft Azure et Amazon Web Services, avec la plateforme Databricks comme pivot central du traitement des flux.
Ce passage d’une logique de silos verticaux à des zones d’activité autonomes permet aux équipes fonctionnelles d’exploiter leurs données en toute indépendance. L’introduction de l’outil Unity Catalog a joué un rôle déterminant en levant les barrières techniques qui entravaient la circulation des informations entre les différents départements de l’entreprise.
Du traitement brut au produit de données qualifié
Dans cette organisation repensée, les données ne sont plus considérées comme de simples fichiers bruts, mais comme de véritables produits de données hautement qualifiés. Le cycle de traitement suit une trajectoire exigeante, s’élevant d’une zone de stockage initial vers des paliers successifs de nettoyage et de raffinement, avant d’alimenter les outils de pilotage décisionnel. Pour assurer la transparence et la conformité de ces actifs, l’entreprise s’appuie sur la place de marché DataGalaxy, qui fait office d’interface unique pour l’ensemble des collaborateurs. Chaque produit y est documenté via un contrat de données précisant sa récurrence, son format et sa sensibilité.
Sécurité des données et optimisation de l’intelligence artificielle
La sécurité et la protection de la vie privée font l’objet d’une attention constante, notamment lors de l’évaluation des demandes d’accès par les équipes chargées du RGPD. Pour préserver l’agilité indispensable aux opérations, la décision finale d’octroi des droits appartient au Data Steward de chaque domaine, évitant ainsi l’écueil d’une validation centralisée trop lente.
L’intelligence artificielle sous contrôle budgétaire
Cette base de données hautement structurée sert de tremplin au déploiement de l’intelligence artificielle, orientée vers la productivité et l’amélioration de l’expérience client. Les applications concrètes se déploient à l’image du diagnostic prédictif des rames, qui permet d’anticiper les opérations de maintenance et de minimiser les retards en gare. Pour autant, cette course à l’innovation s’accompagne d’une gestion financière rigoureuse. En adoptant des pratiques de FinOps intégrant le routage intelligent, TGV Europe oriente chaque requête vers le modèle de langage le plus pertinent, arbitrant avec soin entre les différentes déclinaisons de l’outil Claude d’Anthropic.
Ce pilotage fin permet de réduire jusqu’à 70 % les coûts opérationnels liés à l’utilisation des modèles d’intelligence artificielle. Enfin, pour encourager les synergies internes et éviter le développement d’outils redondants, l’entreprise s’inspire des meilleures pratiques du secteur du luxe en mettant en place une place de marché d’agents conversationnels dédiée à ses collaborateurs.
Cet article repose sur des informations publiques diffusées par TGV Europe. La Revue n’a reçu aucune contrepartie financière pour cette publication.